Nostalgie (The Grand Budapest Hotel, 2014)

The_Grand_Budapest_Hotel_PosterSouvent perçue comme un sentiment dangereux, la nostalgie n’a pas très bonne presse.

Traduisant un goût un peu trop prononcé pour époque révolue, elle est rapidement associée à un conservatisme bas du front voire à une complaisance coupable envers les crimes et turpitudes de nos ancêtres. En tout cas de l’avis de ceux qui voient l’Histoire comme un grand trait tiré entre la barbarie et la civilisation. (Au point que revendiquer une certaine nostalgie sert parfois de faire-valoir à ceux qui veulent se donner une allure réac.)

Pourtant il y a un auteur connu et largement apprécié, Stefan Zweig, dont la nostalgie est très présente dans son œuvre. Après tout, on n’écrit pas des centaines de pages sur Le Monde d’hier sans quelques regrets.

Justement, c’est Stefan Zweig et ses livres qui ont inspiré Wes Anderson, réalisateur du très réussi Grand Budapest Hotel. Menée par un Ralph Fiennes flamboyant et dotée d’un casting de compétition (voir plus bas), cette comédie dramatique aux forts accents burlesques nous ramène subitement dans l’entre-deux-guerres.

À une époque où malgré le passage ravageur du premier conflit mondial, la Belle Époque jette ses derniers éclats dans un élégant palace, au cœur de la fictive République de Zubrowka, le concierge, Monsieur Gustave (Fiennes), se trouve pris dans une sombre affaire de meurtre et d’héritage.

The-Grand-Budapest-Hotel-Poster-slice

On retrouve bien Zweig dans la complexité psychologique du personnage principal, à la fois surexcité et profond, complètement décalé et plein d’aisance ; un concierge au tempérament de gentleman.

Ce qui m’a le plus marqué, cependant, c’est que ce film est une occasion de mettre en scène, à travers ce Monsieur Gustave, une facette du Monde d’Hier, de cette société européenne qui croyait avoir atteint le sommet de la civilisation où de grands noms médiévaux ronflent sous les lustres éclairés à l’électricité.  À une culture ancienne, épaisse et humaniste se mêlent des techniques nouvelles et puissantes. Le tout dans un décor très Mitteleuropa, dans la tranquillité des Alpes orientales.

C’est aussi l’occasion de présenter l’effondrement incompréhensible de cette société, emportée par la guerre et le totalitarisme. Sur un ton beaucoup moins grave, le glissement progressif vers la décadence est incarné, comme chez Visconti, par un aristocrate dégénéré et capricieux. Alors qu’une certaine légèreté règne encore, les bruits de bottes finissent par couvrir la musique et les uniformes totalitaires remplacent les redingotes ajustées.

Peut-être ai-je été marqué par cet aspect seulement parce que c’est celui qui me fascine le plus, dans notre histoire contemporaine.

Les critiques de la presse mettent davantage l’accent sur la réalisation elle-même, mais je connais mal Wes Anderson dont je n’ai vu que Darjeeling Limited. Il est certain, néanmoins, qu’il a bien soigné son film, dont les plans et les couleurs sont remarquables.

Le printemps du cinéma est terminé mais, honnêtement, courez-y !

Bande annonce :

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